Le Gothard commence au Rhin

Schaffhouse/Bâle: L’autoroute du Gothard A2/E35 fait partie du réseau routier transeuropéen. Les problèmes y sont donc prévisibles, et peut-être même voulus pour justifier l’ouverture de quatre voies.

 

Par Hugo Mahler

Il en va du trafic comme de l’eau : il cherche les passages les plus faciles dans le réseau routier transeuropéen, sur lequel circulent la plupart des camions du continent. La Suisse figure notamment sur le tracé des routes européennes Amsterdam – Rome, Dortmund – Stuttgart – Thayngen – Altdorf ou Würzburg – Bregenz – le San Bernardino – Bellinzone.

En Autriche, la E45 Scandinavie – Palerme traverse l’itinéraire à quatre voies engorgé du col du Brenner. En cas de percement d’un deuxième tunnel routier au Gothard, le trafic du Brenner s’y reporterait inévitablement. Selon le lieu de départ et de destination, la route du Gothard est de longueur à peu près égale. Elle offre même un avantage topographique, car l’altitude du tunnel est inférieure d’environ 230 m à celle du col du Brenner. Un report se traduirait par une forte augmentation du trafic au Gothard et sur les itinéraires d’accès, le long de tout l’axe nord-sud.

Bien que la Constitution fédérale interdise d’accroître la capacité des routes de transit dans les régions alpines, c’est pourtant ce qui se passerait avec un deuxième tunnel au Gothard, car il sera tentant d’utiliser au maximum un ouvrage si coûteux. Un jour, l’ouverture des quatre voies pourrait donc être présentée comme une question de bon sens. Le professeur autrichien Hermann Knoflacher, spécialiste renommé des transports, s’est clairement exprimé sur ce sujet devant la commission des transports du Conseil des Etats (CTT-E), en janvier 2014 : « Supposons que l’on construise le tunnel avec quatre voies, mais que l’on n’en utilise qu’une dans chaque direction. Cela ne serait pas réaliste, étant donné l’emplacement et l’importance du tunnel routier du Gothard, si l’on tient compte de la voracité de l’UE en matière de trafic routier. Une Suisse avec un tunnel à un seul tube sur cet itinéraire serait autre chose qu’une Suisse avec deux tubes. »

L’offensive des cantons

C’est dans les agglomérations qu’ont lieu les véritables problèmes de circulation. Pour cette raison, quatre directeurs cantonaux des transports ont remis en question un second tube routier au Gothard dans une lettre adressée aux membres de la CTT-E. Elle porte la signature de Nuria Gorrite (Vaud), Luc Barthassat (Genève), Alain Ribaux (Neuchâtel) et Hans-Peter Wessels (Bâle-Ville). Les responsables rappellent que plus de 100 000 véhicules passent tous les jours sur l’axe Lausanne – Genève, et ils sont 150 000 à rouler quotidiennement entre le tunnel de la Forêt noire et Hagnau, à Bâle. Environ 25 000 véhicules traversent chaque jour des villes comme La Chaux-de-Fonds et Le Locle. A titre de comparaison et en moyenne journalière, 17 000 empruntent le tunnel du Gothard, lequel ne se trouve pas dans une région urbaine. Pour les signataires de la lettre, l’ouverture imminente du tunnel ferroviaire de base du Gothard plaide aussi contre une augmentation de la capacité des tunnels routiers.

A quoi la Suisse de demain devrait-elle ressembler ? Pour l’ATE, la réponse est claire : il faut résoudre les problèmes de circulation prioritairement dans les agglomérations, par un transfert vers des moyens plus respectueux de l’environnement, comme les transports publics ainsi que la mobilité piétonne et cycliste.

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