Ma voiture, notre voiture

En parallèle à Mobility, l’autopartage entre particuliers sedéveloppe en Suisse. Les voitures se louent par internet ou dans une communauté. Mais quelles sont les chances de succès?

A la question « Les Suisses sont-ils prêts à partager leur voiture ? », la réponse est : plus ou moins. C’est ce qui ressort de l’étude « Sharity », réalisée en 2012 par l’institut de recherche Gottlieb Duttweiler. Ainsi, nous serions plus disposés à prêter nos livres, nos outils ou un logement de vacances que notre « bolide ». Néanmoins, une automobile se partagerait plus volontiers qu’un ordinateur et, fort heureusement, qu’une brosse à dents ou des sous-vêtements (cf. graphique ci-dessous). Ces résultats viennent nuancer les propos de ceux qui annoncent l’avènement d’un nouveau modèle économique, celui de la consommation collaborative. La nouvelle devise « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se partage » ne semble pas être encore tout-à-fait entrée dans les mœurs.

23 h/24 au garage

Co-auteure de l’étude, l’économiste Karin Frick affirmait à Swissinfo : « En Suisse, beaucoup de gens participent à ces systèmes de partage parce qu’ils désirent faire des rencontres et pour une question de style de vie ». Avant d’ajouter : « Mais la pression économique n’est pas assez élevée pour que de nouvelles tendances naissent ici. La Suisse connaît le concept mais ne sera pas pionnière tant que le standard de vie restera si élevé ».

Quoi qu’il en soit, ces derniers mois, plusieurs plateformes d’autopartage entre particuliers ont vu le jour. Avec un argument fort : en moyenne, une voiture est inutilisée 23 heures sur 24. En d’autres termes, l’automobile ne remplit sa fonction de moyen de transport qu’une heure par jour. Le reste du temps, elle représente un encombrement qui occupe de l’espace et enlaidit nos quartiers résidentiels. Dans cette perspective, partager une voiture à plusieurs signifie rationnaliser son utilité et, à grande échelle, désencombrer l’espace public.

Un certain flou

Le réseau 2em est un des pionniers en Suisse de l’autopartage entre particuliers. La communauté met en contact les propriétaires de voitures et les locataires. Pour son fondateur, Youness Felouati, le service s’adresse aujourd’hui à un public sensible aux projets collaboratifs et adepte de solutions de consommation alternative : « Il s’agit de personnes mobiles et sensibilisées à la problématique du développement durable ». 2em, qui ne fournit pas de chiffres sur le nombre de ses utilisateurs réguliers, annonce 10 % de prestataires et 90 % de demandeurs.

Aujourd’hui, un obstacle au développement de l’autopartage privé est la question de l’assurance. Le détenteur et non le conducteur d’un véhicule doit en assumer l’entière responsabilité. Youness Felouati, qui recherche activement une solution à ce problème, se veut optimiste : « Avec la multiplication des initiatives de l’économie collaborative, il est certain que le législateur finira par prendre des mesures afin de mieux encadrer les solutions existantes ».

Sus au pouvoir d’achat

En 2012, la société Mobilidée lançait la plateforme Cartribe. Contrairement à 2em, Cartribe ne met pas en relation offre et demande, mais facilite la planification et le partage d’un véhicule, par exemple au sein d’une famille ou d’un cercle d’amis. Ainsi, cet outil gratuit rend simple ce qui peut devenir un casse-tête : la gestion des plages de disponibilité, la réservation de la voiture, le lieu de parking ou encore la disponibilité des clés.

Aujourd’hui, Cartribe compte un peu plus de 1000 utilisateurs réguliers. Pour le directeur de Mobilidée, Giorgio Giovannini, le pouvoir d’achat constitue un frein au développement de l’autopartage, « car il permet à une grande majorité de personnes de s’équiper en véhicules individuels motorisés ». A ses yeux, un travail de communication est nécessaire, afin de montrer les gains potentiels de l’autopartage pour un ménage : « il faut insister sur le fait que la somme économisée pourrait servir à d’autres besoins, comme la formation, le logement ou la culture ».

L’entrée d’un « grand »

La sensibilisation à l’autopartage pourrait connaître cet élan nécessaire avec la plateforme Sharoo, lancée début mai. Derrière le slogan « Ma voiture est ta voiture », on retrouve un réseau de partenaires d’envergure emmené par la Migros et sa filiale pour la mobilité électrique M-way. A l’image de 2em, Sharoo relie les propriétaires de véhicules avec les personnes qui aimeraient en louer. L’originalité du système est que le partage se fait sans remise des clés. Un « kit d’accès », qui repose sur une application pour smartphones, permet à lui seul de réserver la voiture, de la localiser et même d’ouvrir ses portes. De plus, Sharoo a su résoudre le problème de l’assurance en proposant, avec son partenaire assureur, une protection tous risques.

Afin d’assurer un développement étape par étape, Eva Lüthi, directrice de Sharoo, indique travailler par régions : « Depuis mai, nous avons reçu quelque 3000 inscriptions, avec une proportion demandeurs-prestataires encore déséquilibrée. Nous avons débuté avec les villes de Zurich, Berne et Lucerne, suivies de Bâle, Winterthour et Saint-Gall en juillet. Actuellement, nous faisons notre entrée autour de Coire, Olten-Aarau-Baden ainsi que de Bienne-Soleure-Langenthal. Dans ces régions, nous recrutons des propriétaires de voitures « pionniers », qui reçoivent le kit d’accès Sharoo gratuitement (au lieu de 399 francs) ».

Pour Eva Lüthi, l’autopartage en Suisse a encore beaucoup de potentiel : « Nous sommes convaincus que notre service n’entre pas en concurrence avec Mobility. Il y a de la place pour les deux modèles. Mais les Suisses sont encore prudents quand il s’agit de prêter leur voiture. C’est pourquoi nous avons investi beaucoup de temps afin de réduire les barrières à l’entrée et de maximiser la confiance. Au final, c’est toujours le propriétaire de la voiture qui garde le contrôle. Il décide quand, comment et avec qui il souhaite partager sa voiture ».

Liens utiles :www.2em.ch – www.catribe.ch – www.sharoo.com

Jérôme Faivre, ATE

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