Rappeler aux entreprises qu’elles ont des responsabilités

Certaines entreprises internationales basées en Suisse exploitent des matières premières indispensables à notre mobilité. L’initiative pour des multinationales responsables exige qu’elles respectent l’environnement et les droits humains.

Par Martin Winder, chargé de projets en Politique des transports pour l’ATE

L’essor des voitures électriques est programmé ces prochaines années, et l’ATE s’en réjouit. Cependant, la réduction des émissions de CO2 ne doit pas être la source d’autres nuisances pour l’environnement ni de violations des droits humains. Car la production de moteurs électriques et de batteries nécessite des matières premières telles que le lithium, le cobalt et des terres rares, souvent extraites des sols d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud. L’ATE demande que ces trésors miniers soient utilisés de manière responsable et s’engage pour une exploitation respectueuse de l’environnement et des normes sociales. Des méthodes de recyclage doivent par ailleurs être développées et appliquées.

L’ATE soutient l’initiative pour des multinationales responsables. Le texte demande que toutes les grandes entreprises ayant leur siège en Suisse respectent les normes environnementales et les droits humains reconnus par la communauté internationale. Les groupes suisses exploitant des matières premières nécessaires à la production de moteurs électriques et de batteries seraient ainsi tenus de s’assurer que leurs activités se déroulent dans des conditions convenables.

L’exemple de Glencore
La situation actuelle n’est pas acceptable, comme le montre l’exemple du géant suisse des mines et du négoce Glencore. Le groupe exploite des mines de cuivre et de cobalt en République démocratique du Congo et compte au nombre des plus importants exploitants et négociants de ces matières. Le cobalt est un composant essentiel des batteries au lithium-ions et entre aussi dans la fabrication des moteurs électriques.

Or, les organisations d’entraide «Pain pour le prochain» et «Action de Carême» ont documenté de nombreux cas de pollution environnementale en lien avec Glencore. L’un d’entre eux est la contamination de surfaces agricoles dans le district congolais de Tshamundenda en janvier 2018. Après de fortes pluies, une digue de la mine locale a cédé, répandant de l’hydrosulfate de sodium dans les champs et les jardins désormais pollués de 460 familles. La mine de la Kamoto Copper Company, qui appartient à Glencore, a versé une petite indemnité aux victimes privées de récoltes, mais refuse de décontaminer les surfaces concernées, rendant impossible toute activité agricole sur ces terres. Les cas de ce genre ne sont pas des isolés et se produisent régulièrement.

«Pain pour le prochain» et «Action de Carême» en concluent que Glencore ignore fréquemment les lois locales et viole régulièrement les droits fondamentaux de la population locale. Jusqu’à présent, seule une pression constante exercée depuis l’extérieur ont permis des améliorations. La population locale manque de moyens de se défendre contre des groupes aussi puissants.

C’est pour changer la donne que l’initiative pour des multinationales responsables a été lancée en avril 2015. Elle est soutenu par une large coalition de 114 organisations. Une contre-proposition est actuellement en discussion au Parlement, mais si le projet devait être rejeté ou trop affaibli, l’initiative pour des multinationales responsables sera portée devant les citoyens en 2020.

Les normes environnementales ne sont souvent pas respectées:
une usine de Glencore en République démocratique du Congo.
© Meinrad Schade

 


Des règles plus sévères pour les entreprises suisses

Rivières empoisonnées, air pollué, dangereux pesticides: les entreprises basées en Suisse violent régulièrement les normes environnementales internationales ou les droits de l’homme. L’initiative pour des multinationales responsables vise à mettre un terme à de telles pratiques commerciales. Cela va de soi: si les entreprises contaminent l’eau potable ou détruisent des régions entières, elles doivent prendre leurs responsabilités.