Stopper le réchauffement de la planète

Seul l’abandon complet des combustibles fossiles peut stopper le réchauffement de la planète. Reto Knutti, chercheur en climatologie, parle sur le changement climatique et des mesures nécessaires.

Pourquoi fait-il toujours plus chaud ? Que faut-il faire ?

L’homme intervient dans le système. La combustion du pétrole, du gaz et du charbon produit du dioxyde de carbone (CO2). Plus l’atmosphère est chargée en CO2, plus elle retient de chaleur.
Les gouvernements ont décidé à Paris de limiter le réchauffement climatique – à un niveau bien inférieur à 2 degrés Celsius. Pour atteindre cet objectif communautaire, il faut réduire les émissions de CO2 à zéro d’ici 2050 environ. Nous devons éliminer totalement les moteurs à combustion, les chauffages à mazout…

Quelles sont les conséquences du changement climatique en Suisse ?

Nous avons décrit les scénarios des conséquences sur le climat en Suisse avec quatre messages clés : il y aura plus de journées chaudes et des vagues de chaleur prolongées, plus de fortes précipitations, une tendance aux étés secs et moins de neige. Cette dernière conséquence, déjà visible aujourd’hui, va encore s’accentuer. Voilà pour les conséquences météorologiques directes. Leurs effets sont multiples : santé, baisse de la productivité au travail, agriculture, force hydraulique, refroidissement des centrales atomiques, poissons, … mentionnons encore les crues, les glaciers, le permafrost. Il faut nous demander comment gérer ces dangers naturels. Le tourisme est aussi touché : les Alpes sont gagnantes en été, tandis que les effets sont problématiques en hiver.

Les glaciers sont l’étendard de la protection du climat. Est-il encore possible d’empêcher la fonte des glaces ?

Même si nous pouvions maintenir avec constance les températures au niveau actuel, les glaciers reculeraient encore significativement. Ils fondent lentement et l’évolution est plus lente que pour le climat. Dire que l’on peut sauver les glaciers en protégeant le climat pose donc problème. Mais les glaciers, comme peu d’autres phénomènes, rendent le changement climatique visible. Et la fonte des glaces a évidemment des répercussions sur le cycle de l’eau. Il faut toutefois savoir qu’en Suisse ce n’est pas la fonte des glaces mais la chaleur palpable et la disponibilité de l’eau qui sont les conséquences les plus importantes. Les glaciers ont aussi une valeur émotionnelle. Ils font partie de notre identité. Ce constat est intéressant. Il prouve qu’il ne suffit pas de calculer les coûts et les bénéfices en matière de changement climatique.

En Suisse, les principales conséquences financières du changement climatique viennent vraisemblablement de l’étranger. Le pays ne doit pas sa prospérité à son fromage mais au commerce, aux services, aux entreprises internationales, aux réassurances, aux banques…et dépend indirectement de la prospérité des pays étrangers.

Pouvons-nous encore atteindre les objectifs climatiques de Paris et le zéro émission nette d’ici 2050 ?

C’est possible dans les faits. Si nous voulons limiter le réchauffement à 1,5 degré, nous devons plutôt viser 2040. Mais il faut distinguer deux aspects. Avons-nous les solutions techniques et économiques et pouvons-nous les financer ? Oui sans doute, pour l’objectif des 2 degrés. D’un autre côté, la réponse de la société et des politiques joue un rôle. Sommes-nous prêts à prendre les mesures qui s’imposent ?

Pensez-vous que ces mesures sont possibles ?

Il y a une année, j’étais pessimiste. Aujourd’hui, avec la grève du climat et la forte mobilisation des jeunes, je suis prudemment optimiste. Quelque chose doit se passer ; nous n’en avons jamais été aussi conscients. Par ailleurs, les chiffres de Swiss ont augmenté entre 2018 et 2019 : on a beau avoir honte de voler, faire la grève du climat, les Suisses ont plus pris l’avion que l’année dernière. Or parcourir le monde en avion est le moyen le plus efficace d’émettre du CO2. Un vol Economy aller-retour pour l’Australie correspond aux émissions annuelles de CO2 d’une personne en Suisse.

Moins prendre l’avion est efficace, mais que puis-je faire encore personnellement ?  

La mobilité est à l’origine d’un quart voire d’un tiers des émissions de CO2. La majeure partie provient du trafic individuel. Trop de voitures surdimensionnées, trop de kilomètres, trop peu de personnes à bord. Rouler moins ou plus du tout apporte beaucoup. La construction est un autre levier important. Les solutions techniques sont simplissimes et personne ne doit changer son comportement. Ensuite, la consommation – est-il vraiment nécessaire de tout acheter ? – et la nourriture. Sans devenir végan, on peut manger de la viande une ou deux fois par semaine. Et l’on peut se battre pour que les conditions-cadres soient mises en place – en politique, dans sa commune, en se rendant aux urnes.

Mais l’action individuelle ne suffira pas …

Avoir de la bonne volonté, c’est bien mais en réalité l’homme n’en a pas beaucoup. Nous ne résoudrons le problème qu’après avoir posé les conditions-cadres. Soyons honnête, jusqu’ici nous avons résolu nos problèmes environnementaux (déchets, qualité de l’eau et de l’air, trou dans la couche d’ozone) avec des règles contraignantes et des conditions-cadres.

Comme le trou dans la couche d’ozone, le changement climatique est d’origine humaine. Alors pourquoi est-il bien plus difficile de trouver des solutions ?

Pour remédier au problème de la couche d’ozone, il a fallu réunir dix personnes environ autour d’une table. Un produit de remplacement existait déjà et les comportements n’ont pas dû changer. Mais pour le CO2, toute notre vie est concernée – mobilité, vacances, consommation, nourriture. Il n’y a pas de remède mais un train de mesures. Il faut des changements substantiels dans tous les aspects de la vie.

En tant que chercheur, j’ai la mission d’informer, d’analyser, de trouver des solutions et d’établir des faits. Mais la société choisit la direction. Cela ne se produit pas du jour au lendemain. Mais il faut se lancer par égard pour la génération future.

Reto Knutti, chercheur en climatologie, EPF de Zurich,; a participé au colloque de l’ATE «Mobilité sans énergie fossile». Propos recueillis par rédactrice Nelly Jaggi, dans le dossier En route pour l’avenir I Magazine ATE – la mobilité future (4/2019, page 22)

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