Un antidote aux maux des villes

Les rues bruyantes des centres urbains dégradent la qualité de vie de leurs habitantes et habitants. Pour lutter contre les problèmes de santé récurrents provoqués par le bruit et les inégalités sociales qui en découlent, la généralisation des zones 30 est la meilleure solution.

C’est sur le ton du défi qu’un collectif de médecins vaudois·es a lancé un appel au printemps dernier: «Généraliser la limite du 30 kilomètres à l’heure dans les rues, cela contribuerait à améliorer notre santé, notre capacité pulmonaire et notre sommeil. Chiche?» Le corps médical s’inquiétait du retour du bruit de la circulation et de son impact sur la santé. Le problème n’est pas nouveau mais le semi-confinement a souligné à quel point une diminution des nuisances sonores améliore la qualité de vie.

En Suisse, la Confédération estime qu’un million de personnes subissent pendant la journée ou la nuit un bruit issu du trafic routier supérieur aux normes légales. Plus de 90% d’entre elles habitent dans les centres urbains. La route est nettement responsable de ces nuisances, bien plus que l’avion et le train.

Le bruit tue

Les personnes régulièrement exposées au bruit du trafic routier durant la journée souffrent de troubles de la concentration, de problèmes de mémoire et, de manière générale, d’une baisse des performances. Cela impacte également les enfants. La nuit, les nuisances troublent le sommeil avec des conséquences telles que l’insomnie, la fatigue, la somnolence, le stress ou l’irritabilité, auxquelles peuvent s’ajouter des problèmes cardiaques, de l’hypertension ou du diabète. En Suisse, on estime à environ 500 le nombre de décès prématurés dus au bruit.

Si le cerveau s’habitue au bruit, ce n’est pas le cas du système cardiovasculaire: même pendant le sommeil, il réagit aux stimulations que provoque le bruit. Dans les centres urbains, la circulation routière saccadée provoque des pics de décibels qui engendrent des montées de la tension artérielle. Répétées toutes les nuits, ces stimulations ont un impact considérable sur la santé des personnes vivant dans des logements exposés. Les répercussions aiguës et à court terme d’une nuisance sonore provoquent ainsi des problèmes de santé à long terme.

Le silence a un prix

Les personnes affectées par le bruit de la circulation routière résident en très grande majorité dans les centres urbains. Les mesures de l’Office fédéral de l’environnement offrent une cartographie détaillée des nuisances sonores en Suisse et définissent ainsi les quartiers les plus affectés. Les résultats traduisent des enjeux sociaux; les quartiers plus préservés des nuisances sonores sont aussi les plus aisés.

Le bruit affecte la qualité de vie et renforce les inégalités sociales. Les logements situés dans les quartiers les plus calmes gagnent en valeur immobilière et les loyers augmentent. À l’inverse, les loyers les plus abordables vont de pair avec les désagréments d’un quartier bruyant.

Réduire la vitesse est la meilleure solution

Les solutions pour lutter contre les nuisances sonores s’attaquent souvent à la source du problème. Cela passe par exemple par des routes avec revêtement phono-absorbant ou des voitures (électriques) toujours plus discrètes. Mais la mesure la plus efficace et la moins onéreuse reste la limitation de la vitesse de circulation.

Une généralisation de la limitation à 30 kilomètre à l’heure au lieu de 50 permet de diminuer considérablement les nuisances sonores. L’Office fédéral de l’environnement précise par ailleurs que la réduction de la gêne ressentie est plus grande que la réduction effective du bruit. En effet, la fluidité du trafic ainsi améliorée permet d’éliminer les pics sonores incommodants provoqués par les démarrages de véhicules. En inversant la tendance et en déclarant la limitation à 30 kilomètres à l’heure comme étant la norme, on diminue à la fois les nuisances sonores et, par conséquent, les inégalités sociales.

Par Camille Marion, rédactrice du Magazine ATE
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