La place des fossiles est au musée, pas dans le réservoir

Nous pouvons atteindre les objectifs climatiques dans le domaine des transports, comme le démontre une étude du bureau de recherche Infras. Elle souligne cependant la nécessité de se dépêcher pour ne pas rater le train vers les zéro émissions nettes.

C’est pour cette raison que l’ATE a mandaté le bureau de recherche zurichois Infras afin d’esquisser divers scénarios. La question était la suivante: «Quelles sont les mesures nécessaires pour que la mobilité puisse se passer d’essence et de diesel d’ici 2050 au plus tard et que la Suisse atteigne ainsi les objectifs de l’Accord de Paris auxquels elle s’est astreinte?» Le refus du peuple suisse de la loi sur le CO2 n’est nullement une remise en question de cet accord – ce n’est rien d’autre que le refus d’un paquet de mesures. Qui plus est, le résultat était très serré.

Ce qu’il faut garder de la loi CO2

Il va sans dire que l’acceptation de la loi sur le CO2 aurait été fort utile. Mais on pourra s’en passer pour autant que la volonté politique existe. Les pronostics semblent tout de même assez favorables: si l’on en croit le camp bourgeois modéré du Palais fédéral et ses principaux médias, un ou deux éléments de l’épave de la loi sur le CO2 sabordée peuvent encore être sauvés. Et le modèle de taxe incitative ne semble pas exclu – à la condition de se départir du «fonds climatique», éminemment suspect aux yeux des adversaires et sentant trop fort la casserole des subventions diffuses. Ce serait au moins un début.

À lui seul, cet instrument ne suffira pas: l’étude d’Infras arrive à la conclusion que «la mobilité sans énergie fossile est possible en Suisse, mais le chemin pour y parvenir est semé d’embûches». La réussite dépend de l’échéance que l’on se fixe.

Un délai ambitieux

Il est cependant peu vraisemblable que le parc de véhicules évolue aussi vite en Suisse. En outre, pour se donner les moyens d’atteindre un objectif aussi ambitieux, il faudrait que la demande en matière de transports publics (TP) et de mobilité cycliste et piétonne double en moins de dix ans. «L’infrastructure, en particulier celle des TP, ne permettra pas de répondre à cette demande en si peu de temps», explique Daniel Sutter, auteur de l’étude. Les quantités de combustibles synthétiques nécessaires à cet effet et la demande énergétique associée rendent également illusoire l’objectif de 2030.

Daniel Sutter estime plus réaliste d’escompter une mobilité sans énergie fossile à l’horizon 2040. Mais ce ne sera pas non plus une promenade de santé: «C’est techniquement réalisable, mais cela demande des mesures supplémentaires rapides et ciblées. En se contentant uniquement des évolutions technologiques, on n’y parviendrait pas avant 2040.» Il faudrait alors taxer fortement l’essence et le diesel, ou les interdire. «En parallèle, il faudrait pouvoir produire du courant électrique et des carburants de synthèse en grandes quantités.» Cela nécessiterait une extension phénoménale des capacités de production de courant d’origine renouvelable et de carburant non fossile en Suisse et à l’étranger.

Agir par des mesures concrètes

L’étude indépendante confirme sans équivoque qu’on ne peut en aucun cas continuer comme avant. L’ATE a rédigé un plan directeur sur la manière de parvenir à la mobilité sans énergie fossile, en se basant sur les propositions du monde scientifique. Il contient également des mesures qui étaient incluses dans la loi sur le CO2, mais qui ont le potentiel de réunir une majorité pour autant qu’elles soient dépouillées des éléments les plus controversés. Le meilleur exemple en est la taxe CO2 sur les carburants.

Le plan directeur propose d’autres mesures telles que la généralisation du 30 kilomètres à l’heure dans les localités. «C’est une revendication de l’ATE de longue date», relève Stéphanie Penher, responsable Politique des transports à l’ATE. «Indirectement, le 30 km/h agit sur le climat, notamment en rendant le vélo plus attractif et plus sûr.»

Toutefois, des mesures draconiennes telles que l’interdiction d’immatriculer de nouveaux véhicules à combustion pourraient susciter une levée de boucliers. «Une telle interdiction serait très efficace, mais nous connaissons son caractère explosif», estime Stéphanie Penher. «Le problème est ici aussi le délai: une interdiction devrait entrer en vigueur rapidement en raison de la longévité du parc automobile. Mais même dans ce cas, les modèles essence et diesel rouleront en Suisse pendant des années.» C’est pour cette raison que l’ATE propose d’interdire la vente de voitures neuves à combustion dès 2030.

Passage à l’acte Malgré l’échec de la loi sur le CO2, l’ATE continue évidemment de se préoccuper de la réalisation des objectifs climatiques. Se risquer à proposer des mesures impopulaires n’est pas un signe d’entêtement, mais bien d’un sens des réalités. «Grâce à son plan directeur, l’ATE entend mener le débat et montrer que la mobilité sans énergie fossile peut être mise en œuvre à temps», précise Stéphanie Penher. Le plan directeur vise la demande de transport, qui peut être influencée et contrôlée grâce à des instruments intelligemment utilisés. Cela va inévitablement de pair avec des améliorations technologiques. La réussite dépend aussi fortement de la volonté d’agir de tous les niveaux de la politique et de leur capacité d’interagir: la Confédération doit tout autant faire face à ses devoirs que les cantons et les communes.

 

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